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Ne pas regarder

03/9/2018

installation, 2017.
bois, tapis, impressions numériques, vidéo, son, céramique et fleurs.

Le travail de Bénédicte Lacorre trouve son origine dans une interrogation sur la complexité de l’expérience qu’elle peut vivre face à un objet dans le contexte du musée. En effet, les expôts, pris dans leur dispositif d’exposition, nous offrent à la vue leurs formes et leurs spécificités matérielles qui, plus d’une fois, arrivent à nous fasciner et à nous faire vivre ce que nous appelons souvent trop rapidement une « expérience esthétique ». Mais les expôts sont aussi les porteurs d’une histoire complexe qui s’étend depuis leur processus de production et leurs premières manipulations jusqu’aux usages politiques qui ont souvent conduit à leur capture et à leur mise en scène. Plus encore, les objets de musée et les musées sont aussi les produits et les reproducteurs d’un imaginaire de l’Histoire très XIX° siècle qui a figé certaines statues ou certains tableaux dans le rôle de représentant archétypique et approximatif d’une époque révolue – telle statue grecque à la blancheur immaculée devient l’incarnation de l’art grec antique. La collision entre le temps de l’expérience esthétique (si l’on accepte l’idée d’une telle expérience), le temps de la compréhension historique et le fantasme de l’Histoire crée une situation dont les différentes épaisseurs sont souvent difficilement démêlables. C’est ici que commence le travail de Bénédicte Lacorre.

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Plutôt que de chercher à déconstruire de manière résolument critique la complexité de l’expérience du spectateur de musée, l’artiste s’en sert comme d’un marche-pied pour engendrer des œuvres évoquant le musée comme forêt de signes et lieu d’une expérience saturée. Jouant beaucoup de l’appropriation, Bénédicte Lacorre se saisit de reproductions d’œuvres glanées sur internet ou achète des modélisations 3D d’objets antiques sur le site internet de tel grand musée. Elle les reproduit ensuite dans le cadre d’installations complexes où ces images deviennent motifs pour des rouleaux de papiers peints, objets numériques vivant une existence étrange dans des univers animés en 3D ou encore céramiques bien réelles ponctuant l’espace du spectateur. Ces objets devenus images se font écho les uns les autres : une céramique pourra ainsi évoquer un objet numérique et inversement. Ces artefacts liés entre eux, mais aussi reliés à l’Histoire ou à son fantasme définissent le lieu d’une collection singulière que chaque installation vient remettre en jeu.

Nicolas Fourgeaud[/read]

 

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Quel est donc cet objet étrange ?

08/8/2017

Travail en cours.
Vidéo 3D, céramique, acier, impressions numériques.

Exposition Exhumer les liens à la Galerie BS, Paris, novembre 2017.
Commissariat de Nicolas-Xavier Ferrand, avec Sylvain Leal et Mayssa Jaoudat.

[…] « Quel est donc cet objet étrange ?  de Bénédicte Lacorre rebondit la multiplicité des incarnations d’une chose. L’artiste a produit différentes terres cuites, aboutissant soit à des formes classiques de vases et d’amphores, soit à des excroissances informes évoquant davantage un simple jeu de matière et d’émail. Les résultats invoquent la première forme d’industrie humaine, dans ses aboutissements comme ses échecs, ce moment où homo sapiens s’est éloigné de la technique lithique et d’un rapport à la nature où la transformation reste minime, pour développer une forme d’altération beaucoup plus poussée des matières naturelles. Bénédicte Lacorre engage ensuite une violente ellipse temporelle : ces mêmes formes se mettent à exister sur un plan radicalement différent, la vidéo 3D. [read more= « Lire la suite »  less= « Réduire »] En plan fixe ou par de légères animations, les éléments se mettent à flotter dans des espaces virtuels crépusculaires, apparaissent et disparaissent, se voient confrontés à des morceaux de sculptures antiques. La lenteur des vidéos permet un glissement tout en douceur de l’antique céramique à son pendant virtuel. Le télescopage ainsi accompli accorde la possibilité d’une existence multiple de l’objet, qui s’incarne différemment selon les besoins, et affiche ainsi une coexistence étonnamment aisée entre une opération industrielle primitive et une construction iconographique dernier-cri. Ces formes enfin, se voient imprimées et mélangées sur des papiers disposés au mur, sur portant ou au sol. Comme si les formes survivaient au-delà des médiums, attestant d’une plasticité de l’existence des choses. »

Nicolas-Xavier Ferrand [/read]

 

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Poétique du détourage

06/25/2017

« Une fois constituée une banque d’images, j’ai commencé à réaliser des
montages avec des fragments que je pouvais assembler à ma guise, comme
une peinture, sur un fond coloré. Je crois que c’est un détail important, en
tout cas pour moi, car poser mes images sur un fond monochrome c’est
comme une façon de les sortir d’un quelconque espace-temps. Et je me
suis mise à créer mes propres scènes tragiques ; ce n’est pas de relater des
choses réelles qui compte, au contraire. « 

extrait de mon mémoire de fin d’études, It was only a moment for you.
2017

montages, impressions numériques sur rouleaux de papier de tailles variables.

 

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Did something real happen ?

06/25/2017

Did something real happen ?

est une installation qui met en écho deux espaces : l’espace d’installation lui-même, dans lequel on peut déambuler, et l’espace d’une vidéo modélisée. Dans celle-ci, l’œil d’une caméra nous fait visiter une pièce ponctuée par des micro-évènements, des objets se comportant de façon étrange : un vase qui tombe mais ne se brise pas, des éléments qui s’interpénètrent, une plante qui s’anime…
L’espace représenté dans la vidéo a un statut difficile à définir, irrésolu, entre espace domestique, intérieur d’un collectionneur, galerie ou bien musée…
Différents objets sont présents à la fois dans cette pièce virtuelle et dans l’espace d’installation, créant un aller-retour permanent entre ces objets et leur représentation : on ne sait plus ce qui est référent et ce qui fait référence à. Plutôt que de redoubler l’espace virtuel, l’installation crée un hors-champ à la vidéo. Les deux pièces viennent s’étendre mutuellement, créant un espace intermédiaire qui vient accueillir mes collections d’objets et d’images.

Différents objets en céramique, principalement des vases, sont présents dans l’installation. Matériau extrêmement pérenne pouvant vivre potentiellement plusieurs milliers d’années, l’objet céramique est un objet auquel on ne peut plus attacher réellement de temps : le temps de son existence est un temps incommensurable vis-à-vis de notre propre existence. C’est en ce point qu’il rejoint en quelque sorte le temps de l’image de synthèse, à savoir un espace dans lequel le temps est comme suspendu. ; mes objets ne peuvent y subir de dégradation. Comme si l’objet modélisé et l’objet céramique se trouvaient dans un temps et un espace flottant.
Pour finir, des fleurs fraîches sont disposées dans l’installation ; seule forme de vie apparente, ces fleurs ont pourtant une vie bien étrange, suspendue, puisqu’elles ne fanent jamais à l’ œil du spectateur.

vidéo 3D, 10,15 min. 2017

vues de l’installation Did something real happen ?
2017, dimensions variables. Vidéo, tapis, bois, impressions numériques sur rouleaux, céramique et fleurs fraîches.

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